Cela s’est passé comme un coup de foudre, plus bref qu’un rêve duquel on se réveille en sursaut.
On habitait le même immeuble de la rue 15 de la ville du cap haïtien. Dès la première fois que je l’ai vu, il a tout de suite attiré mon attention. Il dégageait une énergie de zénitude dans laquelle j’ai souhaité me plonger. Mais… malheureusement, nos interactions ne consistaient que d’un hochement de tête ou d’une salutation très insignifiante. Lorsque je fis mon enquête, on me révéla que c’était un gars d’une particularité hors pair. Ce genre d’homme atypique dont je me donne toujours pour mission de percer le mystère. Je le croisais alors tous les matins sans oser faire le premier pas. Comment pourrais-je? Il avait toujours des écouteurs accrocher au pavillon de ses oreilles. Dieu seul sait si réellement il écoutait quelque chose ou ne serait-ce que pour se détacher du reste du monde. Si toutefois il était réellement un mélomane j’espérais alors que ce soit des chansons empreintes de romantisme. Je passais alors mes journées à penser à lui jusqu’au jour où…
Il était environ 20 heures, je m’empressais de rentrer chez moi sous une pluie diluvienne. En dessous de mon parapluie multicolore sur lequel reflétait la lumière de l’unique lampadaire de cette rue sinistre, je tremblais comme une feuille. Tout à coup, j’ai cru entendre derrière moi les pas de quelqu’un se rapprocher… comme si on me poursuivait. Je me suis mise à faire de plus grandes enjambées, car mon cœur a vite migré de mon thorax au bas postérieur de mon tronc.
– Attends-moi … j’entendis
Cette voix d’une virilité extraordinaire me paraissait familière. Je laissai tomber l’idée de passer en mode self-défense dans le cas où ç’aurait été un agresseur et je me retournai vers cet inconnu . Avec un mélange d’excitation et de soulagement, je reconnus la physionomie de mon fameux voisin d’à côté. Sans dire bonsoir comme d’habitude, il m’avoua sur un ton sarcastique qu’il voulait m’apeurer et en profiter pour rentrer avec moi, car il semblerait… qu’il aurait égaré ses clefs. Il se plaça à mes côtés et parcourut avec moi les quelques mètres qui nous séparaient de nos logis respectifs. Une fois arrivée, il me lança un « bonsoir » sans charme, aussi livide que son teint et s’élança en direction de son appartement. Je suis resté plantée pendant un instant à me demander : qu’est-ce qui ne clochait pas bien chez lui.
Une semaine plus tard, alors que je m’apprêtais à me coucher, quelqu’un cogna à ma porte. N’en étant pas trop certaine, j’attendis encore un moment avant d’ouvrir. Au bout de cinq minutes, ma curiosité prit le dessus et je fus abasourdie de découvrir mon fameux voisin sur le pas de ma porte. Sans attendre un mot de ma part, il s’invita et gagna l’intérieur de mon appartement avec en main une bouteille de vin rouge … mon préféré. Il était là pour qu’on passe la soirée ensemble m’annonça-t-il.
– Dis donc je te connais toi? pensais-je dans ma tête.
Mais sous le charme de son impertinence, j’acceptai son invitation et on vida cette bouteille de vin. La conversation se déroula de bon train comme si on s’était lié d’amitié depuis des lustres. Avec toute la facilité du monde, je suis arrivée à lui parler de moi, mes passions, mes rêves, mes folies. Aussi, je buvais ses paroles comme on s’abreuve de l’eau-de-vie. Il avait tellement cette façon ludique et sérieuse de raconter les histoires.
Depuis ce jour-là, comme deux complices, on ne parvenait plus à se dissocier. On passait ensemble la majeure partie de nos temps libres en prenant l’habitude de dîner chez l’un ou l’autre. Si l’on n’était pas ensemble, on s’envoyait des blagues par téléphone. Au début, je sentais l’obligation de me protéger de lui, car il me paraissait trop beau pour être vrai. Mais son charme fit vite envoler mes appréhensions et je trouvais cela merveilleux. S’il avait voulu connaître la profondeur de mon âme, je lui aurais laissé découvrir les sentiments derrière mon regard et les déclarations de mes non-dits. Les secondes à ses côtés devenaient tellement significatives qu’il m’était impossible de m’en passer. J’avais l’impression qu’il était arrivé dans ma vie avec mon mode d’emploi. Il faisait les bons gestes, murmurait les bons mots.
Je n’oublierai jamais cet instant sans précédent quand pour me forcer à rire il s’était mis à me chatouiller. Lorsqu’enfin je décidai de rire aux éclats, il me prit par la taille, me tourna comme une toupie et se jeta sur son lit avec moi. Yeux contre yeux, nez contre nez, les corps fusionnés, mon émoi prit le dessus. Comme la plus merveilleuse évidence, nos lèvres, pour la première fois se sont rencontrées. Ce baiser, son baiser et les millions d’autres qui ont suivis cette soirée-là ne prédisaient aucunement que ….
Le lendemain, une nouvelle aussi fissurant que l’effet d’un séisme de 9,9 m’attendait. À mon réveil, au bas de ma porte, je trouvai un bouquet de roses rouges mêlées de marguerites aussi fraîches que parfumées… comme je les aime, accompagnées d’une enveloppe ayant dedans des photos de notre ultime soirée. Pourtant à la place de la déclaration d’amour qui accompagne habituellement ce genre de bouquet, il m’informa de son départ à mille lieues du pays.
À mon grand étonnement, je n’éprouvai aucune tristesse, car, je m’étais dit qu’il est l’homme parfait quand il est juste à côté.
Avec le temps j’ai fini par comprendre qu’il m’a fallu cette foudre pour que je comprenne que la vie n’est pas faite de lignes droites, et qu’on vit chaque instant qu’une seule fois.
« Lukuluk » ce nom qui me le décrit parfaitement dans mon imagination et que je garde précieusement dans un tiroir attendant le jour où je pourrai m’en servir.
VickAxie!
